Heureusement, les choses sont perçues différemment aujourd'hui, et la science a démontré que l'hypersensibilité est un trait de caractère que l'on possède ou non. Il faut certes développer certaines compétences pour apprendre à vivre avec, mais c'est en pratiquant qu'on y arrive. Être hypersensible signifie que vous recevez davantage de stimuli et que vous les traitez plus en profondeur. Vous avez en effet un système nerveux central plus sensible. Pour aller droit au but, je suis moi-même de cette nature : hypersensible.
Est-il important de savoir que vous possédez ce trait ? Pour moi, oui : cela me permet de mieux évaluer les situations, de réagir plus directement quand c'est nécessaire. Mais aussi d'expliquer après coup pourquoi certaines situations me marquent profondément, arrivent avec une telle intensité, pourquoi un bruit est trop fort, et ainsi de suite.
Egmond aan zee
Le week-end dernier, nous avions réservé une chambre d'hôtel dans le magnifique village d'Egmond aan Zee. Le dernier week-end d'octobre promettait beaucoup de soleil, alors nous sommes partis spontanément. Pour réduire un peu les coûts, j'avais choisi une chambre économique sur le site de réservation — le prix était encore raisonnable, mais c'est là que les ennuis ont commencé. Nous sommes arrivés le vendredi soir vers 20h30 et avons reçu pour instruction de nous enregistrer dans un autre hôtel, la réception n'étant pas occupée après 19h00. Très bien, dit et fait.
Nous sommes arrivés dans notre hôtel, sur le boulevard, un beau bâtiment à environ 100 mètres du centre. Ce qui nous a tout de suite frappés, c'est qu'il n'y avait aucun autre client — un peu étrange, mais il était possible que tout le monde profite d'un des restaurants du coin. L'ascenseur qui devait nous emmener au 3e étage semblait hésiter à nous prendre à son bord. Heureusement, il se ravisa et nous arrivâmes en saccades au 3e étage ; puis, par un chemin détourné, escalier après escalier, nous parvînmes enfin à notre chambre. Un couloir bien trop étroit, où il fallait chercher la sortie de secours — mais cela, c'était le cadet de nos soucis pour l'instant.
Les murs se rapprochaient de moi
Notre chambre avait l'air vraiment soignée, spacieuse, avec un lit délicieux et bien fait — que des points positifs, donc… sauf que……… C'est là que tout m'a envahi : un mur en pente, une petite fenêtre de toit, un plafond bas, aucune vue, et c'était tout. Les murs se rapprochaient littéralement de moi. Ma gorge se serra ; malgré les nombreux mètres carrés, quelque chose en moi se bloqua. Tout mon corps criait : je veux partir, et je le dis à voix haute : « Je ne vais pas dormir ici. » « Eh bien, moi je trouve que c'est une chambre très bien. Comment tu comptes faire, alors ? On a réservé et on vient de payer — il ne fallait pas choisir une chambre économique », dit mon mari. Mais il me connaît désormais et sait que ce n'est pas une fausse alarme de ma part. Il me regarda avec un air qui disait clairement : elle est vraiment sérieuse.
Je me suis assise au bord du lit, presque stoïquement, à fixer le mur en pente avec cette trop petite fenêtre de toit. Mon cerveau grondait d'une oreille à l'autre, j'ai réussi à garder ma légère panique assez bien sous contrôle, et j'ai pu passer à l'action assez vite après. Ha ha, une petite tape dans le dos méritée. Et si j'essayais d'appeler cette charmante dame à la réception de l'hôtel où nous venions de nous enregistrer ? Nous y avions été très chaleureusement accueillis et j'avais même dit en plaisantant : « On dormirait bien ici aussi, vous savez. » Via le site internet de cet hôtel, je réussis à la joindre. Brève explication et grande question : « Pouvons-nous changer de réservation et venir dormir chez vous ? »
OUI OUI OUI ! Il y avait de la place, mais elle dit d'un ton désolé : « Il vous faudra tout de même régler un supplément de € 20,00. » J'aurais voulu le crier : même si c'est € 100,00, pas de problème, nous arrivons. Comme nos valises étaient encore posées au milieu du couloir, nous n'avions qu'à nous lever et repartir vers notre nouveau logement. Cette fois-ci, pas question de prendre l'ascenseur — on a pris l'escalier. Je crois que j'ai dit au moins cinq fois ce soir-là… je suis teeellement contente… comme une enfant, teeellement contente.
Piège ou force ?
Voilà un petit exemple de la façon dont l'hypersensibilité peut se manifester. Les circonstances, l'environnement, tout vous submerge soudainement et sans crier gare. Il faut alors s'adapter, travailler dur dans sa tête, agir et digérer. Tel que je le décris, cela semble simple, mais dès que cela devient personnel, tout est différent. Bien entendu, cela vaut pour nous tous, hypersensibles ou non.
Heureusement, l'hypersensibilité ne comporte pas que des pièges ; elle recèle autant de forces en contrepartie. Tout l'art est d'apprendre à les reconnaître et à les utiliser. Vous êtes capable de percevoir des choses subtiles, de reconnaître la communication non verbale et de ressentir les humeurs. Vous avez une grande capacité d'empathie, vous réfléchissez plus profondément aux choses, vous êtes attentionné(e), vous pouvez vous fier à votre intuition et vous êtes souvent créatif(ve) en plus.
Dans tout ce que j'énumère, il n'y a aucune perfection, mais c'est une belle liste de qualités. Et ce qui vaut en fin de compte pour tout le monde, c'est que chaque trait a son piège et sa force. À travers les pièges, j'apprends à embrasser l'hypersensibilité et à ne plus la combattre. Est-ce que j'y arrive toujours ? Non, pas toujours, mais je suis assurément en chemin. Et c'est là mon point de départ : la force d'être hypersensible.