Le plus beau village des Pays-Bas
Après un solide petit-déjeuner, nous nous sommes rendues à Pieterburen lors du dernier dimanche ensoleillé d'octobre, et c'est là que nous avons entamé la première étape, pleines d'enthousiasme. Nous avons traversé des prairies, longé de magnifiques fermes imposantes caractéristiques de ce paysage, mais aussi de charmants petits villages anciens que l'on trouve dans la pointe de la Groningue. L'étape s'est terminée à Winsum. Une anecdote amusante : ce village a été élu plus beau village des Pays-Bas en 2020. En tant que vraie Groningoise, j'en suis évidemment très fière !
La marche vous renforce à la fois physiquement et mentalement, et elle offre un avantage supplémentaire : elle consolide les liens avec la personne qui vous accompagne. La relation se resserre, on se voit davantage, on doit et on veut simplement faire les choses ensemble. J'ai trouvé très beau de constater que lorsqu'on vient du même nid, comme ma sœur et moi, on se ressemble plus qu'on ne le réalise habituellement. Même dans nos bizarreries ou nos petits travers, parfois hilarants, comme si on se regardait dans un miroir et qu'on s'y contemplait.
Le petit chien truffier italien
Ma sœur avait amené son chien. Pas n'importe quel chien : c'est un Lagotto Romagnolo, autrement dit un petit chien truffier italien. Un chien d'eau utilisé en Italie pour la recherche de truffes, mais aussi pour la chasse. Grâce à son odorat exceptionnel, rien ne lui échappait en chemin. Bien des pistes furent explorées et bien des fossés lui semblèrent un bain délicieux. Pour ensuite manger des crottins de cheval et, dès qu'elle en avait l'occasion, s'y rouler avec délectation. Ma sœur essayait, au bord de la nausée, d'empêcher cela, mais la chérie avait déjà disparu depuis longtemps quand elle la rattrapait. Le museau en avant, elle a poursuivi l'itinéraire qu'elle a parcouru au moins deux fois tant elle était enthousiaste.
Notre petit chien truffier Bente profitait ainsi d'une grande attention, ce qui nous a valu de belles conversations en chemin avec d'autres marcheurs du Pieterpad, appelés dans le langage courant : les « Pieterpatters ». C'est ainsi qu'on vous appelle quand vous marchez le Pieterpad : un Pieterpatter !
Les Pieterpatters s'avèrent être des gens très sympathiques, une espèce à part ! Ouverts, enclins à la conversation, de tous âges, parfois seuls, mais aussi très souvent en duo, avec ou sans animal de compagnie. Côté apparence, ils diffèrent assez. Certains sont en tenue complète, avec l'équipement intégral, poncho de pluie compris, tandis que d'autres y vont tout simplement comme les autres jours de la semaine, en baskets et surtout sans poncho de pluie.
À la merci des éléments
Notre deuxième étape allait de Winsum à la ville de Groningue, avec pour point d'arrivée la gare centrale, ce qui nous permettait de reprendre le train jusqu'à Winsum. Malheureusement, ce lundi-là, aucun établissement de restauration n'était ouvert en chemin. C'était une journée maussade et l'itinéraire passait presque exclusivement par des prairies. Par moments un peu froid, à cause de l'humidité et du vent, mais les vaches et les chevaux nous étaient favorables. Tout au long du chemin, ils nous accueillaient chaleureusement de leurs meuglement et hennissements — de bonne compagnie, donc.
Mais voilà, deux femmes en route, sans aucune installation sanitaire, vous devinez la suite. Nous avons dû ce jour-là, littéralement, nous retrouver dans une situation bien embarrassante, pour éviter le pire. Parfois on a l'embarras du choix, mais ce jour-là nous n'avions pas le choix — du moins c'est ce que nous pensions. À Oostum, à mi-parcours, se dresse sur un tertre (une butte) une vieille petite église entourée d'un petit cimetière. À l'arrière de l'église, des toilettes avaient été aménagées à l'extérieur et, si vous laissez la porte ouverte (c'est presque un no man's land, donc c'est tout à fait possible) pendant « le moment », vous pouviez même profiter d'une vue magnifique. L'endroit était quelque peu lugubre, mais l'environnement compensait largement.

Fières de nous-mêmes et bien sûr de Bente, nous avons atteint le point d'arrivée de la 2e étape à la gare centrale de Groningue. Grunn, we made it ! Nous avons savouré comme jamais notre délicieuse tasse de café bien chaud et, dans le train du retour vers Winsum, nous sommes parvenues ensemble à la conclusion que ces deux journées avaient été vraiment très agréables. Cap sur la suite du Pieterpad.
Pieterpad :
Ce magnifique itinéraire de randonnée débute à Pieterburen (dans la pointe de la Groningue) et traverse notre beau petit pays en 26 étapes jusqu'au point le plus méridional, où il s'achève sur le mont Saint-Pierre à Maastricht.
Il a été conçu par deux amies marcheuses groningeoises, entre 1978 et 1983. Inspirées par une randonnée dans la Forêt-Noire allemande, elles ont estimé qu'il était grand temps de mettre en valeur notre beau pays de randonnée grâce à quelque chose de comparable.